Comment un musée déménage t-il des œuvres d’art ?

Qu'il s'agisse d'ouvrir une nouvelle antenne du Louvre à Lens ou de déménager la collection entière d'un artiste pour une exposition temporaire au bout du monde, le déménagement des œuvres d'art d'un musée est un domaine d'une technicité fascinante et souvent sous-estimée. Plongez dans l'univers secret des transporteurs des objets les plus précieux de la planète avec Movinga !

Tableaux, sculptures, dessins : aussi inestimables que vulnérables

C'est une bonne nouvelle pour tous les amateurs d'art qui n'ont pas spécialement les moyens de voyager sur tous les continents : la circulation des œuvres d'art et les échanges temporaires ou définitifs entre les grands musées de ce monde n'ont jamais été aussi intenses qu'à notre époque ! Et le constat n'est pas nouveau, puisqu'il avait déjà été réalisé par l'entreprise spécialisée Crown Fine Art en 2009.

Tableaux de grands maîtres, sculptures millénaires et autres croquis des plus grands esprits nous ayant précédé mènent désormais une vie de globe-trotter, passant d'une exposition temporaire à une autre.

Quelles solutions pour déménager un musée ?

La règle d'or en matière de déménagement d'œuvres d'art est celle du sur mesure. Certaines pièces affichent en effet des dimensions ou des formats totalement atypiques qui excluent tout emballage ou moyen de transport conventionnel. Le principe consiste alors à créer des caisses en dur, avec plusieurs couches d'isolant, spécialement conçues pour chaque œuvre.

Pour garantir une parfaite stabilité de l'œuvre pendant le voyage, l'intérieur et l'extérieur de la caisse seront garnis autant que nécessaire de cales et sangles. Dans le cas d'un objet particulièrement volumineux, comme une sculpture monumentale, il n'est pas rare non plus de construire pour l'occasion un treuil adapté.

A l'inverse des déménagements classiques, pendant lesquels un seul et même véhicule sera rempli au maximum de ses capacités pour diminuer les coûts, le transport d'une seule œuvre d'art peut parfaitement mobiliser un camion entier, voire un transport exceptionnel.

À titre d'exemple, le transport d'un fossile complet de dinosaure depuis la Belgique vers la Grande Galerie de l'Évolution de la rue Buffon, à Paris, a nécessité la fermeture complète de certaines artères de circulation pendant la nuit.

Lumière, humidité : une longue liste d'ennemis

Le déménagement d'une collection d'œuvres d'art n'impose pas seulement d'éviter les chocs et de garantir l'arrivée intacte de chaque colis. Beaucoup de pièces, notamment parmi les plus anciennes, imposent aussi et surtout de maintenir une température et un taux d'humidité parfaitement uniformes, depuis le décrochage dans le musée d'origine jusqu'à l'installation définitive dans le nouvel établissement. Une variation d'humidité peut en effet avoir un impact dévastateur sur une peinture ou encore un fossile, et le dégrader à une vitesse effrayante.

Les œuvres les plus vulnérables peuvent également souffrir d'une lumière trop intense, et surtout des UV émis directement par le soleil : une autre contrainte pour le transporteur, qui devra s'assurer de l'opacité du conditionnement.

Des sociétés spécialisées dans le transport d'œuvres d'art

Chacun l'aura donc compris : le monde des déménageurs d'œuvres d'art n'a pas grand chose à voir avec celui des déménageurs classiques, même si ces derniers n'hésitent pas à s'inspirer des techniques des premiers lorsqu'ils doivent déménager un objet précieux ou encore un piano chez un particulier.

En pratique, le marché du transport d'œuvres d'art est dominé aujourd'hui par quelques sociétés internationales et faisant référence. Le groupe français Horus Finance se classe dans le top 3 mondial et se spécialise dans ce créneau avec pas moins de trois filiales réputées : Monin Art, André Chenue et Dart Art Handling. Basé à Londres, Crown Fine Art est également un nom que se communiquent les conservateurs de musées du monde entier. Autant d'entreprises ultra spécialisées et qui proposent généralement un service « de clou à clou », c'est-à-dire du décrochage initial à l'accrochage final dans le nouveau lieu d'exposition.